Un regard amoureux sur le cinéma français + francophone

Petite maman de Céline Sciamma

par | 28 Mai 2021 | CINEMA, z - 2eme carre droite

La grande aventure

Après les amours d’une peintre et son modèle, Céline Sciamma change de toile mais pas de pinceaux. Dans Petite maman, elle nous raconte l’histoire de Nelly, 8 ans, fille unique, des cheveux longs, des dents de lait et déjà un deuil à faire, celui de sa grand-mère maternelle. Les murs de l’auspice où elle s’est éteinte ont les même couleurs que ceux des chambres d’enfants, bleu, vert et rose pastel. Dans ce récit d’apprentissage, les joies de l’enfance rencontrent les tourments des adultes, et la fusion commence dès les premières minutes de ce conte à la palette automnale. Si Nelly a du chagrin, elle s’inquiète surtout pour sa mère, Marion, bouleversée d’être de retour dans la maison où elle a grandi et qu’elle doit désormais vider. Autour de cette maison, il y a des bois, du trouble et tant de souvenirs. Nelly voudrait connaître davantage sa mère et le fond de son coeur, “les vrais trucs” dit-elle, ceux que Marion ne dit jamais, et c’est alors que l’incroyable se produit, que le temps se courbe, et que le présent rencontre le passé, qu’un vœu se réalise. Pas besoin d’effets spéciaux, juste d’une lampe torche et d’un peu d’imagination. C’est en effet par la force du récit et de la mise en scène que la magie se produit et se propage. Dans les bois, Nelly va rencontrer une petite fille de son âge, qui construit une cabane comme un refuge. C’est sa petite maman. Portrait de la jeune fille en feu en avait fait un principe salvateur : le regard est essentiel, mais jamais il n’essentialise. Ici, on regarde le monde à travers les yeux de Nelly, et son intelligence, sa sensibilité, sa vivacité nous emportent dans plusieurs dimensions. Que d’émotions en 1H12. Que d’aventures. Que de découvertes. Par le biais de la fable, mais sans sa parure pompeuse d’origine, la réalisatrice nous embarque dans les couloirs du temps pour mieux parler de sentiments, de ce qui rapproche mère et fille. Le cinéma de Céline Sciamma n’est pas seulement peuplé de filles et de femmes, il repense les relations entre elles, il déconstruit les poncifs, il ouvre d’autres horizons. Avec Petite Maman, la réalisatrice revient à la source de tous les récits, de toutes les histoires. Elle troque le lyrisme des paysages bretons de Portrait de la jeune fille en feu pour des décors plus familiers, faisant naitre d’autres émotions, plus brutes, plus primales. La photo – Claire Mathon toujours – est superbe, un parfait écrin. Superbes aussi ces deux actrices, Joséphine et Gabrielle Sanz (Nelly et Marion enfant), si complices dans ce jeu de rôles. Les dialogues enfin, précis, parfaits, de la poésie. Le film, en apparence, semble dépouillé, mais il est riche, à toutes ses étapes, de trésors qui nous émerveillent. Un grand film.

Petite maman, réalisé par Céline Sciamma. Avec Joséphine Sanz, Gabrielle Sanz, Nina Meurisse … Durée : 1H12. En salles le 2 juin 2021.

Copyright Pyramide Films

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