Un regard amoureux sur le cinéma français + francophone

Seize Printemps de Suzanne Lindon

par | 8 Juin 2021 | CINEMA, z - 2eme carre droite

Suzanne et diabolo

Suzanne a 16 ans. Elle porte des chemises blanches dont elle retrousse les manches jusqu’aux coudes, lit Boris Vian et boit des diabolo-grenadine à la paille. Les gens de son âge l’intéressent peu, mais ce comédien de 35 ans (parfait Arnaud Valois) dont elle a croisé le regard un matin en allant au lycée la trouble comme personne. Tout en délicatesse, ce premier film de Suzanne Lindon se dépose comme un doux baiser sur le front ou dans le cou. Il est comme un premier mot d’amour, pur et sincère. Ce qui saute aux yeux immédiatement, c’est le charme du personnage de Suzanne, un rôle que Lindon s’est écrit sur mesure, celui d’une jeune fille qui va bien, qui n’a pas d’histoire, pas de difficultés matérielles, des parents aimants, mais qui a la mélancolie collée au coeur comme un bonbon humide colle à son papier d’emballage. Certes, Suzanne Lindon cultive sa ressemblance avec le personnage de Charlotte Gainsbourg dans L’Effrontée. Mais, comme chez Xavier Dolan par exemple, les références ne sont pas de simples coquetteries. Elles sont les fondations d’un imaginaire encore élastique et candide où le romantisme a droit de cité. Suzanne Lindon a le sens des détails, et ces détails sur lesquels s’arrêtent son œil et sa caméra donnent d’autres couleurs au quotidien, aux sentiments. Ce qui est banal ici devient presque épique et sensuel, ce qui est trivial devient délicieux. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures, Seize Printemps est un geste, le geste gracieux d’une jeune artiste qui nous invite dans son petit théâtre de vie, à Paris, dans des décors simples et familiers (une terrasse de café, une chambre d’ado, un salon squatté pour une boum). Ici, les fantasmes sont doux, mis en lumière et en mouvement par le talentueux Jérémie Attard, chef opérateur de Mektoub My Love – Intermezzo et Tu mérites un amour entre autres. On se souvient de nos printemps, ce que c’est d’avoir 16 ans, les désirs et les doutes, au son des chansons de Christophe. « C’était la dolce vita », pas mieux.

Seize Printemps, en salles le 16 juin 2021. Réalisé par Suzanne Lindon. Avec Suzanne Lindon, Arnaud Valois, Frédéric Pierrot… Durée : 1H14. FRANCE.

Copyright Paname Distribution

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