Un regard amoureux sur le cinéma français + francophone

Une Histoire d’amour et de désir de Leyla Bouzid

par | 29 Août 2021 | CINEMA, z- 1er carré gauche

Boy meets girl

Sans fard, la promesse du film s’affiche dès son titre. Une histoire d’amour et de désir, c’est bien ce que Leyla Bouzid conte : une romance d’aujourd’hui entre deux étudiants en lettres, Ahmed et Farah. Lui a grandi en banlieue parisienne, un père algérien, une mère marocaine, il a appris à raser les murs; elle vient de Tunis, vit seule à Paris dans une petite chambre sous les toits et aime les livres autant que le vin. Farah et Ahmed suivent le même cours sur la littérature érotique arabe du 12e siècle, un corpus de textes dont ils ignoraient tout mais qu’ils découvrent avec émotion (notamment “Le Fou de Layla” et “Le Chant de l’ardent désir” d’Ibn Arabi ). Il aura suffi d’un regard pour qu’Ahmed tombe amoureux de Farah. Dans les yeux de celle-ci brille la même lueur. Pourtant, après une balade à Montmartre, un apéro nocturne sur les quais au son d’un saxo aux notes bleues et un premier baiser passionné, Ahmed freine des quatre fers. Leyla Bouzid joue deux partitions à la fois, celle de Farah, caressante et galopante, et celle d’Ahmed, discrète et monotone : la mélodie dysfonctionnelle des débuts, celle des amants timides qui ne dansent pas encore au même rythme – et les pieds d’Ahmed sont lourds. C’est avec beaucoup d’audace que la réalisatrice s’empare des codes du récit d’apprentissage, leur redonnant du nerf. Elle filme la peau comme du papier et le papier comme de la peau, elle donne à la plume et l’encre une dimension érotique palpable, et aux mots des poètes – qu’ils se lisent de gauche à droite ou de droite à gauche – des vertus magiques. A peine le film démarre qu’il nous a déjà emportés. Plein d’esprit et de sensualité, Une Histoire d’amour et de désir (clôture de la 60e Semaine de la Critique) nous rappelle ce que c’est d’avoir 20 ans – les espoirs, les serments, les doutes, les peines – mais montre surtout ce que c’est d’avoir 20 ans aujourd’hui, et un sentiment de déracinement vissé au corps (la séquence de confidences entre Ahmed et son père est bouleversante). Zbeida Belhajamor et Sami Outalbali (Sex Education) sont parfaits dans les rôles de Farah et Ahmed, des jeunes gens ni héroïques ni ordinaires, en quête d’inspiration. Le film, lui, en est doué. Il nous enivre, il se délivre des clichés les plus collants et célèbre la vie, la liberté, les sens (les cinq) et la beauté.

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