Un regard amoureux sur le cinéma français + francophone

Une vie secrète de Jon Garaño, Aitor Arregi et José Mari Goenaga

par | 27 Oct 2020 | CINEMA

Une vie privée

“Cacher”, “Danger”, “Écarté”, “Alliés”. Des mots et des verbes – dont les définitions s’affichent sur fond noir – qui scandent ce récit de trente ans. Une histoire de morts-vivants, au sens littéral. Tout commence en 1936, et l’arrivée des troupes franquistes. Higinio, partisan républicain, est en danger de mort. Aidé par sa femme, Rosa, il n’a pas d’autre choix que de se cacher. Un espace minuscule, un trou derrière un mur, un placard de fortune, là où même les rats ne vont pas, dans leur maison, le temps que passe la tempête. Sauf que le fascisme dure, que l’air manque et que l’horizon est comprimé par des lattes de bois. Se terrer pour échapper à la répression, des milliers et des milliers d’espagnols l’ont vécu. On les appelle les « taupes », et au travers de l’histoire de ce couple brisé par la guerre et la clandestinité forcée, c’est leur destin amputé que les cinéastes et scénaristes réfléchissent. Le récit est fait d’ellipses, mais la mise en scène traduit le poids des années et de leur triste routine. Si la caméra, portée, s’emballe au début du film, adoptant le rythme effréné de la course contre la mort, elle finit par se tranquilliser et se poser près du visage du héros, de son corps, et des peurs qu’il nourrit à mesure de son isolement, au quotidien. La peur d’un devenir fantomatique, d’une vie dans l’oubli et l’obscurité. La fiction ne laisse pas hors-champ les répercussions de cette existence captive sur l’épouse d’Higinio, ses sacrifices, sa solitude, les épreuves et les humiliations qu’elle endure, elle aussi. C’est Belén Cuesta (Manille dans La Casa de Papel) qui joue Rosa, couturière, femme terrienne, courageuse et amoureuse. Une partition sensible qu’elle porte avec sobriété. Quant à Higinio, il est interprété par Antonio de la Torre qui nous avait déjà bousculé dans El Reino de Sorogoyen dans les pompes d’un politicien crapuleux. Il a ici le visage mangé par l’anxiété, le corps lourd de secrets et sentiments coupables. Jon Garaño, Aitor Arregi et José Mari Goenaga signent un film poignant, un mélodrame ambitieux dans lequel infuse une réflexion politique délicate.

Réalisé par Jon Garaño, Aitor Arregi et José Mari Goenaga. Avec Antonio de la Torre, Belén Cuesta, Vicente Vergara … Durée : 2H27. En salles le 28 octobre 2020. Coproduction FRANCE-ESPAGNE.

Copyright Epicentre Films

 

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