Festival “Les Œillades” d’Albi (épisode 4) : La palmarès et les 2 derniers films en compétition

FrenchMania est partenaire du 21ème Festival du film francophone d’Albi, “Les Œillades” qui s’est achevé dimanche soir.

Cette 21ème édition du festival se termine sur une bonne note : une augmentation de la fréquentation de 30%. Le public albigeois a été plus clément que FrenchMania avec le documentaire Percujam (Lire l’épisode 2 ici) et lui a accordé son prix – vous pourrez vous faire un avis sur le film dès le 4 avril en salles. Mais il se murmure que Makala et La Douleur, deux de nos films préférés de la compétition, faisaient aussi partie des chouchoux du public. Côté courts métrages, c’est Kapitalistis de Pablo Munoz-Gomez qui obtient le prix du public. Quant à Puzzle de Rémy Rondeau, il remporte le prix des jeunes.

Dernier épisode avec les 2 derniers films de la compétition Corps étranger et C’est le cœur qui meurt en dernier, et interview des fondateurs du festival, Monique et Claude Martin.

Corps étranger  de Raja Amari

2 filles, 1 garçon, 3 possibilités

Arrivée en France comme échouée sur la côte d’un territoire inexploré, Samia a fui la Tunisie et un frère radicalisé. Arrivée à Lyon, elle est guidée par Imed dans les premiers jours du reste de sa vie. Vite consciente que l’appartement-refuge occupés par ses compatriotes mâles ne sera d’aucune aide dans son désir d’émancipation, Samia saute bille en tête sur la première occasion qui se présente à elle. Elle entre au service de Leila, une bourgeoise, veuve, seule, issue comme elle de l’immigration. Ce trio composite (Samia, Leila, Imed) donne à voir des visages très différents de l’immigration tunisienne. Mais le film de Raja Amara ne se limite pas à ce portrait à trois têtes, il évolue au fil des relations qui se tissent entre les personnages et dessine finalement un point de vue assez rare qui s’affranchit des clichés. Là où la réalisatrice imprime ce film de son regard singulier, c’est quand Samia, telle le jeune visiteur du Théorème de Pasolini, se retrouve à la croisée des désirs et créé autour d’elle une sorte de bulle de sensualité. Si tout cela ne s’exprime que de façon suggestive, la tension sexuelle est à son comble dans la dernière partie du film qui met l’humain, ses failles, ses doutes, ses frustrations et ses envies au cœur de son propos. La distribution est au diapason : la jeune Sara Hanachi est un concentré d’affirmation de soi, d’émancipation “punchy”, tandis que Hiam Abbas incarne une veuve qui explore à nouveau tout ce qui fait d’elle une femme plus qu’une épouse. Enfin Salim Kechouiche, découvert plus jeune dans le cinéma de Gaël Morel et vu depuis chez Ozon ou encore Kéchiche,  s’est épaissi, a gagné en maturité et en sensualité. Il n’y a pas qu’un corps étranger dans le film de Raja Amara, mais chacun devient le corps étranger de l’autre, des deux autres. Un long métrage original, intriguant, empreint d’une sensualité infinie. (A découvrir en salles le 21 février). F. F-M.

C’est le cœur qui meurt en dernier  d’Alexis Durand-Brault

Fil blanc

Julien, un ébéniste de 47 ans a rompu avec sa famille pour publier un livre sur sa mère. Le livre obtient un franc succès quand il renoue avec elle, résidente d’un hospice pour personnes âgées. Ce film québécois, mélo assumé sur une relation mère-fils particulière, offre quelques moments de grâce comme ces scènes flashback “vintage” qui nous plongent dans les années 1970, et les scènes de patinages à Ottawa. Malheureusement, le scénario enfile des perles sur le fil blanc dont il est cousu et jamais la moindre surprise ne viendra sauver le récit d’un sentiment de ce sentiment de déjà vu. Reste l’interprétation tout en retenue de Gabriel Sabourin (Julien), qui signé le scénario adapté du livre, et la présence de l’immense actrice québecoise trop méconnue de ce côté de l’Atlantique, Denise Filiatrault, qui incarne une mère fantasque, insupportable et attachante. Convenu mais pas désagréable. (Pas de distributeur français pour l’instant). F. F-M.

Rencontre avec Monique et Claude Martin, fondateurs du Festival “Les Œillades” d’Albi

Tout le monde du cinéma de la francophonie connaît les Martin ! Anciens profs d’EPS, passionnés de cinéma, ils sont à l’initiative de ce premier festival consacré aux films français et francophones qui fêtait cette année sa 21ème édition. Rencontre avec un couple de passionnés.

Comment est née cette aventure des “Œillades” ?

Monique Martin : C’est une longue histoire !

Claude Martin : L’association “Ciné Forum” a été créée en 1989 pour organiser des rencontres thématiques basées sur des programmes de télévision et cela jusqu’en 1996 avec également quelques rendez-vous autour du cinéma.

Monique Martin : On avait l’impression de se répéter et le festival a été créé en 1997. La première fois, tu te dis “On a réussi, on l’a fait”. Sauf qu’après il faut recommencer ! Dès les premières années, nous avons fait de si belles rencontres… C’est un petit miracle ! Nous n’avions pas conscience de ce qu’on devait faire et qu’on ne savait pas faire. Donc on a appris, on s’est un peu professionnalisé. Au début on programmait sans pouvoir voir les films en amont, avec le recul on se dit que c’était complètement inconscient, mais il a fallu gagner la confiance du milieu professionnel pour aujourd’hui pouvoir faire une sélection digne de ce nom.

Votre regard a-t-il changé sur les films que vous découvrez et comment s’organise votre sélection ?

Monique Martin : Je crois que oui même si je reste très bon public, Claude a un regard un peu différent. Pour ma part, je me laisse porter par l’émotion, le ton du film, mais j’écoute aussi la musique, je suis attentive à la photographie, au format… On devient plus curieux mais surtout plus boulimiques : plus on en voit, plus on veut en voir.

Claude Martin : La confiance s’est installée et, depuis 5 ou 6 ans, on a l’impression d’être mieux considérés par les distributeurs. Résultat, on obtient plus souvent les films que l’on veut. On peut, aujourd’hui, être un peu plus exigeants.

Monique Martin : On démarre souvent par Cannes, La Rochelle, Angoulême et, avec nos équipes, pas mal de festivals régionaux pour finir la programmation au moment du festival d’Auch en octobre. Et on s’est équipé d’un vidéo-projecteur pour visionner les liens envoyés par les distributeurs.

Claude Martin : Percujam, le film primé cette année par le public, nous l’avons découvert chez Jour 2 Fête, le distributeur, lors d’une de nos visites parisiennes par exemple.

Quelles sont les améliorations que vous aimeriez apporter pour la 22ème édition ?

Monique Martin : On aurait besoin d’un lieu suffisamment vaste pour offrir de la petite restauration avec des producteurs locaux. Cela pourrait nous permettre de proposer un espace de convivialité au public et pas seulement des petits cocktails privés pour les professionnels et l’équipe du festival. Mais, quoi qu’il arrive,  le public répond toujours présent et la qualité des débats, des échanges après les films, augmente d’année en année.

Propos recueillis par Franck Finance-Madureira.