Entretien avec Noée Abita à l’affiche de AVA

Sur ce tournage, je me suis découverte. Je crois que j’ai grandi.

Elle n’avait jamais joué dans un film auparavant, mais elle s’imaginait volontiers comédienne. C’est sur un coup de tête qu’elle passe le casting d’AVA (actuellement en salles), accompagnée d’une copine d’internat avec laquelle elle a fait le mur pour l’occasion. Quelques essais, et c’est l’évidence pour la réalisatrice, Léa Mysius : Noée Abita est Ava, l’adolescente effrontée de son premier film. Premier rôle, premier tournage, premiers souvenirs de jeu, premier festival de Cannes aussi (sélection du film à La Semaine de la Critique). Noée Abita répond aux questions de FrenchMania.

La première fois que vous avez lu le scénario, qu’avez-vous ressenti ?

Déjà, je l’ai dévoré ! Je m’imaginais tout de suite dans la peau d’Ava. Il y avait tellement d’échos avec ma vie, les relations tendues entre Ava et sa mère, les cauchemars qui l’agitent, sa manière de parler, son caractère de cochon… Quand j’étais petite, j’avais des allergies aux yeux régulièrement, et que le personnage ait des problèmes de vue, c’était bizarre. L’identification s’est faite tout de suite.

C’est un premier rôle extrêmement fort. Rien ne vous a effrayée à la lecture du scénario ? La nudité n’a jamais été un obstacle par exemple ?

Sur le moment, je ne me suis pas dit “merde, je vais devoir me mettre nue, qu’est-ce que ma famille va en penser ?”. Je n’ai même pas tilté. Quand j’y ai vu plus clair, j’ai débord refusé catégoriquement, parce qu’on m’a appris que ça ne se faisait pas de se déshabiller devant les autres alors qu’en réalité je ne suis même pas pudique ! J’ai lâché prise petit à petit. C’est un rôle. C’est du cinéma. Il ne fallait pas que je me laisser polluer par les principes d’un certain type d’éducation. Donc je me suis sentie de plus en plus à l’aise. Je n’avais pas de mal à retirer mon t-shirt et montrer mes seins. Léa et l’équipe ne m’ont jamais forcé la main, ils m’accompagnaient et je comprenais pourquoi ça importait à Léa vis-à-vis du personnage. Sur ce tournage, je me suis découverte. Je crois que j’ai grandi. Comme Ava dans le film.

Exactement, Ava prend sa vie en main, elle s’émancipe, s’aventure sur des chemins qu’elle prend pour la première fois…

Oui. Elle prend de la distance avec sa mère, dont le corps pendant les vacances est animée par des pulsions sexuelles qui dégoûtent un peu Ava d’abord. La mère d’Ava est dans la séduction, alors qu’Ava, pas du tout. Elle n’aime pas son montrer nue. Elle n’aime pas se montrer tout court. Mais au fur et à mesure, elle se détend, et elle apprend à dompter ses a priori et ses peurs. Le travail sur le corps a été important pendant la préparation du film. Ça allait de trouver la démarche du personnage, à sa manière de se tenir immobile, sa manière de regarder les choses avec profondeur.

Entre votre première rencontre avec Léa Mysius et le premier jour de tournage, combien de temps s’est écoulé ?

J’ai rencontré Léa en mars, et on a tourné en août-septembre. Mais on s’est beaucoup vues pour préparer le rôle. On faisait des petits exercices ensemble. J’avais jamais fait de cinéma. J’en faisais trop naturellement. Léa m’a aidée à gommer ce qu’il fallait et à trouver le ton juste, la bonne attitude. Puis ce qui était génial, c’est que j’ai assisté aussi aux différentes étapes du casting. C’est à ce moment que j’ai rencontré Laure Calamy (Ndlr, interprète de la mère d’Ava), je n’avais pas encore regardé Dix pour cent – mais maintenant c’est fait ! J’ai vu aussi Zouzou (Ndlr, réalisé par Blandine Lenoir, 2014). J’aime beaucoup. La collaboration s’est bien passée. On est très différentes mais très complices aussi. Et avec Juan, on s’est rencontrés un peu plus tard, à Paris. Il est très timide, très pudique lui ! Sur le tournage, notre relation était fraternelle. C’était très simple et naturel. Mais ça a demandé du temps, il fallait qu’on apprenne à se connaître et les scènes où on devait se toucher ou se caresser n’étaient pas évidentes. Je suis très admirative de lui car c’est vraiment un rôle de composition que Léa lui a offert, il est très doué.

C’est un gros chien noir qui nous mène jusqu’à votre personnage dans la première séquence du film. Le feeling s’est vite établi entre vous et l’animal ?

Je m’entendais très bien avec lui ! Juan était moins à l’aise, la scène du scooter où le chien est assis entre nous deux, les pattes sur les épaules de Juan … J’y repense là, et c’était marrant !

Qu’est-ce qui a changé dans le regard que vous portez sur le cinéma depuis le tournage de ce premier film ?

Aujourd’hui, je crois que je regarde les films autrement. Je m’intéresse davantage au jeu des acteurs. Et je trouve ça super qu’un réalisateur ou une réalisatrice veuille travailler avec des visages et des corps parfois inconnus du grand public. C’est courageux, mais ça permet aussi de mettre en avant le personnage. Quand on connaît trop l’acteur je trouve, c’est moins évident de l’oublier derrière son personnage.

Question bonus :

Quels sont les acteurs et actrices qui vous inspirent ? Et votre film français préféré ?

Romain Duris, je l’adore ! Et Romy Schneider aussi. Ce sont mes deux acteurs préférés. J’aime leur jeu, leurs choix, leur carrière. J’ai vu des films avec mes grands-parents, et ma grand-mère plus jeune ressemblait d’ailleurs à Romy Schneider. C’est un actrice géniale, tellement belle, avec sa beauté à elle, son tempérament propre. Une manière de jouer personnelle.  Je l’adore pour tout ça. Quant au film que j’aime le plus, sans hésiter, c’est 37°2 le matin. J’ai un truc particulier avec ce film. Je ne sais pas si ça s’explique en fait !

Propos recueillis par Ava Cahen