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Valentina Maurel (Ton animal maternel) : « Je voulais raconter le fait de se sentir étrangère dans son propre pays »

par | 6 Oct 2026 | Interview, z - Milieu

Dans Tengo Sueños Eléctricos, son fascinant premier long métrage, Valentina Maurel dressait le portrait d’une jeune femme à travers sa relation avec les hommes en général et son père en particulier. C’est en toute logique que son film suivant, Ton animal maternel, porté par la même actrice, se penche sur le rapport à la mère et à la sœur. Présenté au dernier Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard, le film sort ce mercredi 7 octobre en salles. Rencontre avec sa réalisatrice, dont les réponses fusent du tac au tac, à l’image de son cinéma, organique et instinctif.

Après des études en Europe, Elsa revient dans son Costa Rica natal. Est-ce que ce point de départ est inspiré de votre vie ?

Valentina Maurel : Oui, mais pas entièrement. C’était déjà le cas de mon film précédent. Il était inspiré de ma vie sans être autobiographique. D’ailleurs, ma mère veut que vous sachiez qu’elle ne ressemble pas du tout au personnage de la mère dans le film ! D’abord parce qu’elle ne fume pas et, ensuite, parce qu’elle a une relation plutôt joyeuse à la maternité. L’élément biographique majeur de mon histoire, c’est le personnage d’Elsa qui, comme moi, est originaire du Costa Rica et est partie faire ses études en Belgique. À travers elle, je voulais raconter le fait de se sentir étrangère dans son propre pays.

Le titre du film est tiré d’un poème de votre mère. Pourquoi ce choix ?  

Valentina Maurel : Tout est un peu accidentel dans ma façon de faire les choses. Ce n’était pas le titre du film au départ, j’ai juste dit ça à un journaliste qui me demandait si j’avais de nouveaux projets parce que j’avais honte de dire non ! C’est un poème qui m’a toujours beaucoup touchée, sans savoir vraiment pourquoi. Pour moi, c’est comme une façon de dire que, quoi qu’il arrive, elle sera toujours là. C’est rassurant et, en même temps, un peu menaçant ou effrayant. Le côté animal, c’est parce que je trouve, sans faire de discours biologisant, qu’il y a toujours quelque chose de sombre dans une famille. Des dynamiques souterraines et mystérieuses. Je crois aussi que l’expérience de la maternité a quelque chose de très animal…

Si vous deviez donner un conseil à Elsa, la protagoniste ?

Valentina Maurel : De lâcher prise, peut-être… Pas facile comme question. Qui suis-je pour conseiller les autres ? Mais comme le personnage est inspiré de ma vie, c’est moi-même que je conseille, au fond. Donc, je dirais lâcher prise, accepter les gens tels qu’ils sont. Je pense qu’on ne peut pas apprendre à quelqu’un comment être heureux. Ou plus féministe, ou plus rationnel, ou quoi que ce soit. Chacun doit faire son propre chemin, même si ce chemin pris va dans le sens opposé de ce qu’on attend.

Il y a dans le film une scène filmée en plongée, sur un boulevard, avec des coureurs de marathon qui le remontent ou le descendent, et au milieu, Elsa, qui traverse la rue, formant une trajectoire horizontale. J’y ai vu une métaphore de ce récit d’émancipation hors des lignes toutes tracées de la vie…

Valentina Maurel : C’est cool, j’aime bien votre interprétation ! Ce qui est intéressant avec Elsa, c’est qu’on pense qu’elle est le personnage principal alors qu’elle est dans les marges du récit en réalité, en périphérie. Sans doute dans les marges de sa propre vie aussi. J’ai toujours fait des films qui, je l’espère, sont non linéaires, avec plusieurs protagonistes… Je ne veux pas trahir le spectateur ou lui donner l’impression que je parle d’autre chose, mais c’est un peu comme la vie, les choses se bousculent, les plans changent. Rien n’est figé.

Elsa et sa soeur, Amalia, sont très différentes l’une de l’autre. La première est partie, l’autre est restée. Elsa est rationnelle, Amalia, plus spirituelle… Y a-t-il de vous dans les deux ?

Valentina Maurel : Je suis très superstitieuse. Par exemple, je pense que les années paires sont meilleures que les impaires, ou bien qu’une année qui finit en 6 est une bonne année. Dans l’avion, s’il y a des turbulences, je me mets à prier alors que je suis athée ! Je ne sais pas si c’est parce que je suis latino-américaine, superstitieuse, ou simplement que j’ai des TOC… C’est sans doute une manière d’ordonner le chaos du réel. Donc oui, bien sûr qu’il y a de moi aussi dans le personnage d’Amalia.

Le film se déroule au Costa Rica, mais c’est (aussi) un film belge…

Valentina Maurel : Oui, pour faire des films au Costa Rica il faut coproduire, donc ce film est belge en termes de production, car il est financé quasi-exclusivement par la Belgique. Ça donne à l’expérience de réalisation une dualité particulière : d’une part, le tournage au Costa Rica était très punk, avec une équipe réduite ; ensuite, toute la post-production a été réalisée en Belgique, avec une équipe son très professionnelle – et, par ailleurs, composée uniquement de femmes. Elles ont effectué un merveilleux travail sur le son du film, sans trop le maquillé. Par exemple, c’était important pour moi que le bruits des voitures soit celui qu’on entend au Costa Rica. Ce sont des sonorités différentes en Belgique, le bruit des Klaxons n’est pas le même. On a gardé ces bruits d’origine.

San José, capitale du Costa Rica, est quasiment un personnage à part entière du film. Quelle est la relation entre les personnages et la ville ?

Valentina Maurel : Les personnages déambulent dans la ville parce qu’ils sont un peu sans domicile fixe. Ils vivent à l’intérieur d’eux-mêmes, je dirais. J’ai tourné dans le quartier où j’ai grandi, contrairement à mon premier film. J’avais besoin d’être dans cet endroit qui m’est familier pour raconter cette histoire.

Le foyer est-il un endroit où l’on se sent comprise et en sécurité ?

Valentina Maurel : Je ne crois pas, même si on peut paradoxalement se sentir en sécurité dans un endroit effrayant et violent s’il a l’air familier. Si c’est tout ce qu’on connaît, ça peut ne pas sembler si affreux, vous voyez ce que je veux dire ? Pour moi, ce qu’il y a de plus terrifiant, ce n’est pas cette maison, quand bien même c’est le bordel à l’intérieur, c’est ce graffiti qui apparait sur sa façade; le mot “pute” qu’Elsa et sa mère essaient d’effacer, mais qui reste incrusté dans la pierre. Ça veut dire qu’on te surveille, qu’on a un avis sur toi et qu’on veut le faire savoir. Cette menace n’existe pas dans la maison, mais à l’extérieur, à vue, aux yeux de tous.

Avez-vous déjà un prochain film en tête ?

Valentina Maurel : Oui, je vais vous en parler, comme ça je suis obligée de le faire ! Ce sera un film d’espionnage – enfin, je crois – dans lequel j’ai envie de raconter le fait d’avoir grandi entourée d’expats. Au Costa Rica, on croise beaucoup d’Européens qui ont décidé de venir vivre dans les tropiques, pour gagner de l’argent ou bien même trouver un sens à leur vie. Et parfois certains se perdent dans le chaos tropical qu’est San José. C’est de ça dont je voudrais parler. 

Ton animal maternel, réalisé par Valentina Maurel. Avec Daniela Marin Navarro, Mariangel Villegas, Marina De Tavira … Durée : 1H45. En salles le 7 octobre 2026. 

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