Un regard amoureux sur le cinéma français + francophone

TOP 15 – les meilleurs films français 2020

par | 29 Déc 2020 | CINEMA, z- 1er carré gauche

2020 restera une année à part pour le cinéma. Le cinéma français n’a pas fait exception à la règle pandémique mondiale qui s’est imposée par la force des choses : fermetures (intempestives) des salles de cinéma, sorties de films français directement sur des plateformes… Les films qui ont eu la chance de sortir en salles sont pour beaucoup passés entre les gouttes notamment de juillet à octobre, et ont vu, pour d’autres leur exploitation réduite à quelques jours voire même reportée à 2021. En attendant avec appétit le calendrier de programmation des salles pour l’année prochaine qui devrait être mis en place dès l’annonce par le gouvernement d’une date de réouverture, FrenchMania dévoile son top 15 cinéma, soit 16 coups de cœur pour cette année si particulière.

1 – ADOLESCENTES de Sébastien Lifshitz

Cinq ans de tournage à Brive, en immersion dans le quotidien de deux adolescentes, Emma et Anaïs, entre le brevet et le bac. Sébastien Lifshitz fait des films uniques en leur genre qui nous accompagnent depuis les années 90, toujours mus par le désir d’examiner l’art, l’histoire, l’être et l’autre. L’approche n’est ni sociologique ni pontifiante, elle est sentimentale, parfois romanesque, et ce qu’on capte dans l’œil de l’artiste, c’est aussi l’image d’une France aux fractures sociales et idéologiques manifestes. A bonne hauteur donc, Lifshitz se tient, et c’est sûrement ce qui rend son documentaire Adolescentes si flamboyant. Petite fille, présenté à Berlin, diffusé sur Arte et se concentrant sur la jeune Sasha le confirme : Sébastien Lifshitz aura été le cinéaste français de 2020  Lire l’article complet. Lire Petite fille.

2 – ÉTÉ 85 de François Ozon

Les histoires d’amour finissent mal en général et celle-là n’y coupera pas même si elle est une extraordinaire matière à souvenirs, joyeux et tragiques à la fois. François Ozon évite l’écueil de la romance d’été guimauve et ensoleillée, mais également le schéma rebattu du “je te fuis, tu me suis”. Le casting est idéal (Bruni-Tedeschi et Nanty en mères sur-protectrices, Poupaud en prof à lunettes) mais ce sont les deux héros qui impressionnent le plus : l’intelligence douce et sombre de Félix Lefebvre et l’instinct presque animal de Benjamin Voisin créent à l’écran un couple de cinéma inédit, crédible et magnétique. Avec ce long métrage à la fois vintage et intemporel, François Ozon dessine pour la première fois la carte du tendre d’un premier amour, de façon directe, profonde et déchirante. Et si c’était son meilleur film ? Lire l’article complet. Interview de Félix Lefèbvre et de Benjamin Voisin.

3 – GARÇON CHIFFON de Nicolas Maury

Derrière la caméra et de quasiment tous les plans, Nicolas Maury, grâce à l’ubiquité qu’offre le cinéma, joue des masques que la société impose et des fissures que le vie met au jour. Ni tout à fait Nicolas, ni tout à fait un autre, Jérémie a du mal à trouver sa place. Comédien qui ne s’est pas encore “réalisé”, il expie son mal-être via une jalousie maladive, devenue au fil du temps sa principale raison de vivre. Surveiller, traquer Albert, son compagnon devient une occupation à plein temps et ne met pas qu’en péril son couple mais bien sa santé mentale.Nicolas Maury devient réalisateur sans jamais renier une once de la personne qu’il est. Garçon chiffon ne parle que d’amour (maternel, contrarié, de soi, idéalisé, apaisé) et emprunte à son créateur/incarnation tous ses paradoxes : l’exaltation et la douceur, la poésie et le franc-parler, l’analyse et l’instinct, la force et la fragilité. Lire l’article complet. Interview de Nicolas Maury.

4 – UN PAYS QUI SE TIENT SAGE de David Dufresne

Un Pays qui se tient sage est un montage d’image d’actualité, tournées sur le vif, la plupart du temps avec des téléphones portables, par des citoyens et des citoyennes. Vous avez vu ces images. Grâce à la force du travail de David Dufresne, vous allez les regarder. Voir ces images de violences policières qui ont émaillé les manifestations des gilets jaunes sur grand écran in extenso leur donne une puissance nouvelle, inédite. Question de format, question de durée. Le documentaire de David Dufresne est à la fois un choc visuel bouleversant, une déflagration de violence réelle et symbolique extrêmement forte et une ode singulière au dialogue et à l’intelligence. Dénoncer, c’est montrer, énoncer et chercher à comprendre, Un Pays qui se tient sage choisit pour se faire un outil idéal : le cinéma. Lire l’article complet. Interview de David Dufresne.

5 – CALAMITY, UNE ENFANCE DE MARTHA JANE CANNARY de Rémi Chayé

Film d’aventure pour petits et grands, Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary nous enchante pour mille et une raisons. Son héroïne d’abord, forte tête, casse-cou, pas peur des mecs, libre penseuse et brave. La beauté des dessins ensuite, les paysages, les rivières, l’aquarelle, les pastels, d’autres tons et couleurs pour un western (le film en a les codes). Le sens du récit enfin, vibrant, épique (le coeur palpite), émancipateur. Tout en haut du monde, précédent film de Rémi Chayé nous avait émus, Calamity nous a définitivement conquis. Pépite. Revoir le débat du Cercle autour de Calamity.

6 – LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT d’Emmanuel Mouret

Si le film précédent d’Emmanuel Mouret, Mademoiselle de Joncquières, sorti il y a deux ans, pouvait par sa tonalité générale rappeler le roman épistolaire Les Liaisons dangereuses, c’est aux Mille et une nuits que fait penser son nouvel opus. Puisqu’ici aussi on se raconte des histoires qui s’enchainent, s’emboîtent au cœur d’un récit polymorphe et semblent être partagées pour gagner du temps sur une issue inévitable. Mais nous sommes chez Mouret, l’issue est donc amoureuse plus que fatale. Emmanuel Mouret parvient une fois de plus à réaliser un film d’une simplicité formelle imparable et à mettre en scène la complexité des sentiments amoureux tout en ménageant un véritable suspense, une attente. Les mots, les regards et les souvenirs forment un kaléidoscope inédit des liens qui se tissent entre les êtres, des amours et des amitiés, des désirs et des trahisons, des élans et des mesquineries du quotidien et c’est, à tout instant, passionnant. Le film doit autant à l’intelligence du verbe et au sens du romanesque du réalisateur qu’à la précision implacable de sa mise en scène et de sa direction d’acteurs. Lire l’article complet. Interview d’Emmanuel Mouret et de Vincent Macaigne. Interview de Camélia Jordana et de Niels Schneider.

7 – ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES de Caroline Vignal

Elle ne s’arrête jamais, Antoinette ! Un mouvement perpétuel qui s’apparente grosso modo à un réflexe de survie. Et pour cause : cette accorte quadra, institutrice enthousiaste, est raide dingue amoureuse de Vladimir, père d’une de ses élèves et homme (très) marié. Maîtresse à tout point de vue, donc doublement esseulée à l’orée de l’été, Antoinette choisit finalement de poursuivre son bel amant égoïste jusque dans les Cévennes, là-même où il est parti faire une randonnée en famille. Endossant le rôle-titre avec une aisance confondante, Laure Calamy confirme ici à quel point son registre est large et sa belle « nature » unique dans le cinéma français. Quasiment de tous les plans – c’est une première pour elle, d’ordinaire abonnée aux seconds rôles -, elle irradie de drôlerie pathétique… donc émeut comme jamais. Lire l’article complet. Interview de Laure Calamy.

8 – SLALOM de Charlène Favier

Tout était prêt pour la sortie de Slalom, deux fois de suite. Le film sortira finalement en 2021 mais nous l’avons maintenu dans notre classement cinéma de l’année pour être sûrs que vous vous précipitiez en salles dès la réouverture pour découvrir ce beau premier film signé Charlène Favier. Lyz a 15 ans, une mère un peu paumée en pleine crise de la quarantaine, et des facilités pour le ski. A Bourg-Saint-Maurice, elle intègre un enseignement professionnel en vue de devenir une véritable championne de ski alpin mais ce cursus l’isole, la fragilise et permet à son entraîneur Fred de mettre en place une emprise grandissante. Avec ce premier long métrage qui exploite la relation plus que toxique entre un entraîneur de ski et sa très jeune élève, Charlène Favier frappe fort et avec intelligence puisque la construction du récit et du point de vue sont à la fois d’une précision sans faille et évitent toute complaisance, excès ou caricature. Lire l’article complet. Interview de Noée Abita et de Jérémie Renier.

9 – MADAME de Stéphane Riethauser

A l’origine, des images, vieilles de plusieurs années. Une grand-mère filmée par son petit-fils qu’elle adore, moins la coupe de cheveux qu’il a adoptée, et des rires malgré tout. Leur complicité est évidente, et c’est par la tendresse de ses souvenirs que Stéphane Riethauser nous cueille. Au son de sa voix, nous faisons escale à différents endroits de sa vie : l’enfance en Suisse, capturée par la caméra super 8 de papa, l’adolescence, les vacances, les fêtes de famille, au caméscope. Puis il y a les lieux invisibles, ceux qu’on garde secret des autres, par peur de leurs commentaires ou sentence. Un documentaire tout public qui fait entendre un témoignage essentiel sur la lutte contre les diktats, l’homophobie et le sexisme. Car s’affranchir des normes est un combat de longue haleine, et sur ces images d’archives, véritables bijoux de famille, Stéphane Riethauser raconte une autre histoire que celle qu’elles laissaient d’abord supposer, portant rétrospectivement un regard critique et songeur. Le documentaire bouleverse autant qu’il bouscule. Lire l’article complet.

10 – ex-aequo : LES APPARENCES de Marc Fitoussi et LA NUIT VENUE de Frédéric Farrucci

Les Apparences porte bien son titre : un film noir qui nous montre l’envers du décor, chabrolien dans sa structure, hitchcockien dans son tissu. Dans ce monde-ci, irréel pour la plupart d’entre nous, la façade devient mascarade. Et c’est en cela que Les Apparences séduit, en plus de son ambition, son sens des détails et de la virtuosité des acteurs : par son propos, féroce, sur le déni, sur le refoulement, et à Vienne en plus, Freud n’est pas loin de ces concepts. Tout le monde avance masqué, comme au bal, et c’est moins un baiser qu’une place sur la piste de danse que chacun cherche, par amour du rang. Froisser du papier à musique, ça réussit à Fitoussi. Lire l’article complet. Interview de Marc Fitoussi.

Dans La Nuit venue, on suit Jin qui est chauffeur de VTC depuis près de 5 ans, date de son arrivée à Paris depuis sa Chine natale. Ce jeune passionné de musique électronique, ancien DJ à Pékin, est tout près d’avoir payé sa dette à la mafia chinoise locale en heures de travail nocturne au volant de sa grosse berline noire. C’est quand il rencontre Naomi, danseuse dans un cabaret interlope de Saint-Germain-des-Prés, qu’il va commencer à enfreindre les règles et compromettre son rêve de liberté. Avec cette plongée dans les méandres de la mafia chinoise à Paris, Frédéric Farrucci signe un film direct et inspiré qui porte un regard nouveau et original sur la capitale la plus filmée du monde.Lire l’article complet. Interview de Guang Huo. Interview de Camélia Jordana.

11 – EFFACER L’HISTORIQUE de Benoît Delépine et Gustave Kervern

Gardin, Masiero et Podalydès incarnent les handicapés numériques, esclaves des algorithmes, que nous sommes tous avec une vérité, un aplomb et une folie qui permet à cette critique impitoyable de l’époque d’être à la fois une comédie tordante et un véritable brûlot politique d’une contemporanéité évidente. Tout est juste dans Effacer l’historique, et même sa façon de renouveler la comédie française du fait social sans jamais verser ni dans la moindre complaisance vis-à-vis de ses personnages, ni dans la facilité d’un scénario idéalement troussé en vue d’un happy end salvateur. Comme c’était déjà le cas dans leur précédent opus, I Feel Good, l’écriture du duo Kervern-Delépine garantit les surprises, les excès et une poésie low-fi qui va bien au teint de leurs films libres et sans concession mais plein de convictions.Lire l’article complet.

12 – ADIEU LES CONS d’Albert Dupontel

L’invitée surprise de ce film loufoque et facétieux, c’est l’émotion, brute. Neuf mois ferme la contenait encore. Dans Adieu les cons, elle se libère, elle voltige, et on entend même des mots d’amour, des mots auxquels on ne croyait plus (les personnages non plus). Dupontel croise le burlesque et le mélo, le laid, le beau, les idées noires, les rêves bleus, et offre à Virginie Efira un rôle dramatique qu’elle colore d’or, de rouge et d’une pointe espièglerie. Petit à petit, les larmes montent, Dupontel – qui tient le rôle masculin principal – nous embarque dans sa course (contre la montre et la vie rangée) et nous surprend à chaque détour que fait le récit. Un film qui a du souffle, un pur esprit contestataire et beaucoup d’imagination. Un film qui fait du bien.

13 – LA CRAVATE d’Etienne Chaillou et Mathias Théry

Le duo de réalisateurs, qui nous avait tout fait comprendre des évolutions historiques et juridiques des modèles familiaux menant au mariage pour tous avec quelques petites marionnettes et pas mal d’intelligence dans La Sociologue et l’ourson, revient avec un documentaire passionnant qui suit un jeune militant du Front National pendant les élections présidentielles de 2017. D’une maîtrise parfaite sur le fond, le travail d’Étienne Chaillou et de Mathias Théry est, une fois encore, également exemplaire sur la forme. Avoir un sujet fort qui touche à l’intime et à l’universel, c’est la base d’un documentaire digne de ce nom, parvenir à le transcender en imaginant une forme cinématographique, originale et adéquate, c’est ce que réussit La Cravate. Lire l’article complet. Interview de Mathias Théry.

14 – TOUT SIMPLEMENT NOIR de Jean-Pascal Zadi

Rire de soi, avec tout le monde, voilà un pari qui est ambitieux… D’une part, parce que l’autodérision est un art qui se manie avec subtilité, et d’autre part, parce qu’elle doit, à un endroit, trouver son écho dans d’autres cœurs. Jean-Pascal Zadi relève le pari haut la main. La première bonne idée, c’est le choix du dispositif. Zadi joue un acteur de second plan qu’une équipe de reporters suit dans son nouveau projet : organiser une marche de contestation des hommes noirs, et pour cela, il lui faut lancer une grande opération de séduction/communication. Le quatrième mur est d’office brisé, et, comme dans les comédies de Sacha Baron Cohen (Borat, Bruno), les codes du documentaire brouillent les frontières entre fiction et réalité. Ici, nous ne sommes pas seulement spectateurs, nous sommes engagés par le regard à réfléchir à la question posée dès le départ : c’est quoi être noir aujourd’hui en France ? Lire l’article complet.

15 – UN VRAI BONHOMME de Benjamin Parent

Benjamin Parent confirme avec Un Vrai bonhomme un vrai talent pour l’écriture de personnages adolescents justes et pas clichés comme pour le jeu avec les codes d’un cinéma populaire aux influences américaines et l’exploration des méandres de la construction de la masculinité. Un Vrai bonhomme est surprenant et novateur dans un cinéma français habituellement assez binaire quant il s’agit de traiter du monde adolescent : soit drame sensible sur le mode de la chronique doloriste, soit comédie potache multipliant les clins d’œil appuyés à une “cible” adolescente fantasmée. Un Vrai bonhomme, c’est un peu le film d’ados français populaire et intelligent qu’on attendait depuis longtemps : imparfait sans doute mais indiquant clairement la bonne direction. Lire l’article complet. Interview de Benjamin Parent et Benjamin Voisin.

Adolescentes de Sébastien Lifshitz – crédit : Ad Vitam

 

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